LE JOUR OU JE SUIS MORT

26 JUILLET 2017

Voici ma petite histoire de cœur en version courte  ❤️

Nous sommes le mercredi 26 juillet 2017 à 13h00 dans un début d'après-midi comme les autres, je suis confortablement installé sur les rembourrures de mon fauteuil de bureau et j’ausculte d'une oreille la série Netflix qui défile sur mon téléviseur.

D'un autre regard cérébral, je travaille sur les tarifs des prestations de ma petite entreprise. Même si cela peut amener à des étourdissements c'est un autre genre de malaise qui m’assaille. Il est moins diffus que les précédents, mon thorax se comprime, ça y’est ! C’est la crise d’angoisse ! Je me tiens la poitrine, je quitte le confort de ma chaise pour rejoindre le canapé qui n'est pas de tout réconfort. Je le quitte donc pour rejoindre mon lit, lieu de sécurité ou chacun d'entre nous ferme les yeux en toute sérénité. Mais l'angoisse m'attire vers le bas, une agonie me gagne je n'arrive plus à respirer du cœur, je m’étouffe et perd le pied de la réalité. Je m'évade de ma chambre comme prisonnier de l’intérieur de moi et m’allonge à nouveau sur le canapé cherchant à calmer ce corps qui divague et refuse de m'écouter.

Plus rien n'a d’intérêt que cette sensation venue de nulle part, mon corps m'appelle et me supplie, j'ai de la peine à l'entendre ou plutôt à l'écouter. Le malaise est de plus en plus fort et même dans les pires moments je n'ai jamais ressenti de telles douleurs. Mon corps se vide de l'intérieur et il m'aspire dans une compression si forte que mon esprit me quitte de plus en plus souvent. La sensation de compression augmente au niveau de mon cœur. J’ai l’impression d’être poignardé par une aiguille douce et chaude qui me procure une douleur dont la source est lointaine et très étouffante. Mes sens s’effondrent doucement offrant quelques ressources restantes à mon cœur qui s’endort doucement. Cette fois, ça ne passera pas.

Je vais rarement chez le médecin mais je ressens comme une étrange obligation à m'y résigner. Dans un pressentiment d’aurevoir, je regarde mon appartement s’éloigner, lui tend la main et adresse une prière silencieuse. Je prends inconsciemment ma veste et sonne chez ma voisine. Une retraitée adorable, qui nous a accueillis chaleureusement Fanny et moi lors de notre emménagement. Nous avons toujours eu des rapports de bon voisinage et sur le moment, Fernande me semble être la seule personne à pouvoir m’aider. Heureusement, elle est là. J’ai de la chance, c’est rare le mercredi après-midi.

Je lui demande si elle peut me conduire à l’hôpital de Montreux, Fanny y travaille et je me sens tellement mal que je ressens le besoin d’être rassuré. Entouré.

Fernande prend sa veste, sa clé, sans rien dire. Mon esprit s’échappe. C'est le flou complet je ne me souviens pas du trajet...

Et dans un saut de puce, je me vois, debout, droit comme un réverbère, l'échine courbée, face à la réception de l’hôpital où Fanny et sa collègue me regardent surprises de ma présence.

J’ai de la peine dans ma cohérence, mais tente vaguement de leurs exprimer mes maux de cœur. Il me reste une once de force pour leur présenter ma carte d’assurance maladie avant d’être emmené dans le dédale des couloirs. Ce sera mon dernier vrai souvenir.

L’odeur de carburant envahi l’espace dans lequel je suis confiné. Des pales gigantesques se mettent à tourbillonner au son des rotors et j’entends vaguement des hommes casqués s’échanger des paroles dans un petit bout de mousse. J'apprendrais plus tard que je ne suis jamais monté dans un hélicoptère et que mon transfert a été fait en ambulance.

C’est mystérieux comme notre esprit est le seul à ressentir et à interpréter les événements. De 85 kilos aux quelques grammes de mon cerveau, ce monde irréel est devenu plus réel que le réel.

Quelques minutes avant, mon corps glissait lentement dans les entrailles d’un scanner et c’est à ce moment qu’ils ont découvert que ma veine aortique étais en train de se déchirer. Elle avait atteint un diamètre proche d'une pièce de 5 francs. Puis j'ai vaguement entendu un homme me dire « Ne vous inquiétez pas, nous allons vous transférer au CHUV, vous devez subir une opération au cœur » ... Une opération au cœur ? Vous imaginez bien que dans le pire des coltars une annonce comme celle-ci réveillerait un mort, sans mauvais jeux de mots.

C’est à ce moment que, dans un soubresaut, mon corps s’est agité, couché dans mon lit, je tapais des pieds, mes jambes sont devenues folles et gesticulaient dans tous les sens, de peur ou de colère, je ne le saurais jamais. Une armada d’anges en blouses blanches se sont empressés autour de moi. Ils m’ont ficelé à mon lit pour me "calmer" et m’ont préparé. Mais…. Préparé à quoi ?

A vive allure et toute sirènes hurlantes nous avalions les kilomètres sur l’autoroute et non dans les aires, moi qui crois toujours que je voyage en hélicoptère.

A défaut de me répéter, je ne suis jamais monté dans un hélicoptère, ceci annoncera le début d’une longue expérience extra-corporelle de mon imagination et de mes sensations.

Je me suis présenté à l’hôpital de Montreux, puis transporté au CHUV en passant par l'hôpital de Vevey. Tout ça emmitouflé, ficelé et gardienné par un ambulancier bienveillant. Je laissais partir mon corps vers un ailleurs complètement inconnu. Je ne peux pas dire s’il était meilleur ou pas. De toute façon je ne peux rien dire... mais je me sentais cajolé, chouchouté par tous ces anges gardiens.

Pourquoi ne pas se laisser faire pour une fois ? De leurs micros rattachés à une câble qui ressemble à un ressort en réglisse et qui s’entortille tout le temps, le médecin chef en médecine qui nous accompagne est en communication avec le CHUV, plus précisément avec le professeur qui aura la charge de s’occuper de moi.

Le médecin : Nous arrivons dans 5 minutes, le patient est stable

Le Professeur : Non, il ne sera plus jamais stable, il est en train de mourir

Je vais mourir !! Non mais il rigole, hier je pétais le feu, je rentrais de la plus chouette expérience de ma vie à travers les montagnes Corse et aujourd’hui je devrais rejoindre les étoiles. Encore un gage à deux francs de mon imagination ou un rêve absurde.

Tiens, une licorne et qui demande en mariage l’ambulancier, marrant comment se trame ce rêve. Il est bon ce petit apéritif, comment il s’appelle ?

3 doses de Mort ‘fine” plus tard, les portes s’ouvrent je glisse hors de l’ambulance, puis roule jusqu’à l’entrée d’une salle dans cet énorme bâtiment qui contient autant d’étage au-dessus qu’en dessous. Les ambulanciers abandonnent leur chariot de sauvetage et le regarde partir sous les lumières des couloirs chevauché de ma personne. Quelque minute après il le récupère et repartent dans leur mission « sauver des vies », merci Messieurs, je suis fan de Schumacher, mais aujourd’hui c’est vous les meilleurs pilotes.

Mon inconscient vit de nouvelles personnes, hommes ou femmes, je ne sais pas, ils étaient plutôt des ninjas pour moi. Mais je pense qu’ils avaient tous de beaux yeux qui reflétaient la beauté de leurs âmes. Je suis en train de rencontrer ceux qui ont la carte « vivre encore une fois » ceux qui pour moi deviendraient plus fort que tous les super héros, ceux qui après je pourrais appeler « Dieux » en toute certitude.

 

Le Jeudi 27 juillet 2017, n’a jamais vu le jour.

 

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip

 

 « Dissection aortique de type A, avec tamponnade sur rupture de l'aorte ascendante. »

 

Interventions réalisées (texte tiré du protocole opératoire)

En extrême urgence : opération de bentall a l'aide d'un tube carbo-seal 30 mm dans lequel une valve mécanique ats, 27 mm est montée, et mono-pontage sur l’artère coronaire droite proximale à l'aide d'un greffon veineux, sous circulation extra-corporelle, hypothermie a 28° rectale et cardioplégie au froid et à la solution cardioplégique cristalloïde antérograde intermittente. Le pronostic vital est engagé.

 

Récapitulatif:

Changement de la veine aortique par une artificielle

Changement de la valve aortique par une mécanique

Une attaque cérébrale

Deux arrêts cardio-respiratoire

8 heures d’opération

Et un petit plongeons dans un coma artificiel

 

Réveillé le 3 août 2017 après un voyage extra corporelle traversant d'innombrables situations, passant de la lumière à l'être cher décédé, je suis né ce même jour à l'âge de 42 ans et dès lors ma vie n'a plus jamais été la même et ne le sera surement plus jamais.

 

....... To be continued

© COPYRIGHT 2020 BY STEPHANE. ALL RIGHTS RESERVED.

Prenez soins de vous......